Contexte

Les lunettes connectées : une malédiction ou une bénédiction ?

slimme bril
© Ray-Ban/Meta

Les Ray-Ban Meta ont popularisé les lunettes connectées. Avec une monture intemporelle que l’on distingue à peine d’une monture classique, les lunettes Meta ont connu un véritable succès commercial. Pour autant, tout n’est pas rose. Certains individus abusent ainsi de la caméra intégrée pour filmer des choses qui ne devraient pas l’être. À l’inverse, d’autres utilisateurs enthousiastes en voient surtout les avantages. Pour commencer, il est important de faire une distinction claire entre les différents types de lunettes connectées. On peut les classer en trois catégories : les lunettes IA, AR et XR.

Qu’est-ce qu’une paire de lunettes connectées ?

Nous connaissons déjà les lunettes IA grâce aux modèles Ray-Ban Meta et Oakley Meta. Ce type de modèle ne comporte pas d’écran et ne propose que des fonctionnalités audio et des caméras. Ces lunettes peuvent ainsi vous assister, mais aussi simplement diffuser de la musique et enregistrer des photos ou des vidéos. Il existe d’ailleurs également des versions qui ne proposent que l’audio et ne disposent donc pas de caméras. Les lunettes de RA (Réalité Augmentée) offrent quant à elles des aides visuelles grâce à un petit écran ou à un mini-projecteur qui projette des images sur les verres. Elles vous fournissent par exemple des indications d’itinéraire, mais il existe également des modèles que vous pouvez utiliser à la place d’un écran d’ordinateur. Ces derniers doivent toutefois être connectés à un ordinateur ou, par exemple, à une console de jeux. Il existe par ailleurs des casques VR qui vous plongent dans un environnement 3D. Ceux-ci se distinguent encore un peu plus des autres types, car ils remplacent complètement votre champ de vision par un autre « monde ». Cela les rend intéressants pour jouer à des jeux vidéo ou, par exemple, pour assister virtuellement à un concert.

Où est le problème ?

La polémique porte aujourd’hui principalement sur les lunettes connectées dotées de caméras. D’autant plus que Google et Samsung s’apprêtent à commercialiser ce type de lunettes dès cette année (et Apple l’année prochaine), il est essentiel que des règles claires en matière de vie privée et de sécurité soient mises en place. Si cela n’est pas fait, ou pas suffisamment, de plus en plus de lieux, d’événements et d’organisations seront contraints d’interdire ces accessoires sur leurs sites. Le principal avantage de ces lunettes Meta et de leurs concurrentes est en même temps la cause principale du problème. D’une simple pression sur un bouton ou d’une commande vocale, on lance un enregistrement vidéo ou on prend une photo. D’une part, cela fait d’une paire de Ray-Ban Meta un outil idéal pour réaliser de jolies images, par exemple en faisant du vélo, du sport, en cuisinant ou en voyageant, sans avoir à sortir son téléphone ou son appareil photo de sa poche ou de son sac. On évite ainsi de rater le moment parfait le temps de préparer son appareil. D’un autre côté, cet avantage majeur comporte également un risque tout aussi important. Même si un voyant s’allume à côté de l’objectif ou au milieu des lunettes lorsque la caméra enregistre, cela reste relativement discret. Surtout par temps ensoleillé, il est facile de ne pas remarquer ce voyant. Certains vont même jusqu’à cacher ce voyant ou à le désactiver, même si cela devrait rendre les caméras inutilisables après une nouvelle mise à jour des lunettes Meta. Il n’en reste pas moins que de nombreuses vidéos apparaissent sur les réseaux sociaux dans lesquelles on voit des personnes qui ignorent manifestement qu’elles sont filmées.

Sauver sa réputation

Cela a notamment contraint Instagram à interdire les vidéos montrant des actes de harcèlement ou des techniques de drague filmées avec des lunettes Meta. Entre-temps, la plateforme a effectivement déjà supprimé les comptes qui s’étaient rendus coupables de tels agissements. En effet, une tendance s’était développée consistant à harceler véritablement des personnes par des comportements de harcèlement odieux et à publier le résultat en ligne. D’autres hommes, quant à eux, abordaient des femmes pour tester leurs techniques de drague. De tels comptes comptent parfois des millions d’abonnés. C’est pourquoi ces lunettes connectées ont déjà été rebaptisées par leurs détracteurs « lunettes pour pervers ». Ces hommes mal intentionnés s’en servent pour filmer des femmes sur la plage ou dans d’autres lieux où il n’est pas vraiment acceptable de filmer sans consentement. Et c’est précisément ce consentement qui fait défaut dans de tels cas. Cela va même si loin que les personnes filmées ne se rendent compte que plus tard qu’elles ont été filmées à leur insu et demandent ensuite que la vidéo soit supprimée, pour finalement s’entendre dire qu’elles doivent payer pour cela. Aux États-Unis notamment, la législation relative à la vie privée et à la diffusion d’images est assez floue, contrairement à la qualité de la caméra des lunettes Meta, qui est quant à elle très nette.

L’opinion publique à l’égard de ces lunettes intelligentes a désormais tellement basculé qu’un certain nombre de propriétaires n’osent plus les porter, de peur d’être taxés de pervers. Le fait que Meta, propriétaire d’Instagram, souhaite bannir ce type spécifique de vidéos montre à quel point l’entreprise cherche désespérément à redorer le blason des lunettes Meta. Il semble déjà en partie trop tard, car entre-temps, certaines institutions ont déjà interdit les lunettes équipées de caméras. Pensez par exemple aux piscines, aux salles de sport et à d’autres lieux où la vie privée est particulièrement sensible. Ces établissements veulent tout simplement éviter de se retrouver sous le feu des projecteurs lorsqu’une vidéo filmée avec de telles « lunettes perverses » fait surface en ligne. La devise « mieux vaut prévenir que guérir » s’applique parfaitement ici. Partout, les services publics interdisent également le port de lunettes équipées de caméras pour des raisons évidentes. Si un agent de police filme une personne amenée au poste et publie la vidéo sur Internet, cela crée un terreau idéal pour une nouvelle polémique. Un autre cas de figure concerne les situations professionnelles impliquant des secrets d’entreprise. Là encore, on comprend immédiatement pourquoi on ne souhaite pas avoir de caméras à proximité.

À quoi ça sert ?

Si vous venez d’acheter une paire de Ray-Ban Meta avec des verres Transitions correcteurs et que vous les portez jour après jour, vous devrez soudainement vous mettre à la recherche d’une nouvelle paire de lunettes. C’est dommage, car cet accessoire présente également de nombreuses fonctionnalités utiles et sympas. Comme nous l’avons dit, c’est un appareil photo idéal lorsque vous n’avez pas les mains libres. Pensez par exemple au vélo, au ski, au sport ou à la cuisine. Pendant ces activités, il peut être sympa de prendre rapidement une photo ou de filmer une petite vidéo. Il suffit d’appuyer sur le bouton situé en bas de la monture. Ou bien vous pouvez simplement dire « Hey Meta, prends une photo ». C’est simple et ça marche. Il ne fait aucun doute que la plupart des utilisateurs s’en servent à bon escient. Mais comme souvent, il existe une minorité gênante qui a de mauvaises intentions.

Une autre utilisation simple de ces lunettes Meta consiste à les utiliser à la place d’écouteurs. Elles permettent en effet d’écouter de la musique ou des podcasts, et même de prendre des appels en mode mains libres. Elles sont en effet équipées de haut-parleurs situés au niveau des oreilles, ce qui en fait un casque « à oreilles ouvertes ». Elles disposent également d’un microphone capable de filtrer efficacement les bruits ambiants. Cela peut à nouveau s’avérer pratique dans les situations où vous n’avez pas les mains libres. Vous recevez également des notifications concernant les messages entrants sur WhatsApp, si vous le souhaitez. Si vous avez des questions urgentes (ou autres), vous pouvez simplement les poser à l’assistant. L’une des questions les plus courantes est : « Hey Meta, quelle heure est-il ? », suivie de : « Hey Meta, quel temps fera-t-il demain ? » Vous pouvez également poser à vos lunettes Meta toutes les autres questions que vous poseriez habituellement à un assistant IA. Vous pouvez ainsi demander une recette authentique de sauce bolognaise dès que l’envie vous en prend, puis cocher la liste des ingrédients dans l’application lors de vos courses du soir. En effet, l’application Meta AI vous propose un aperçu de toutes vos questions et des réponses correspondantes.

Que fait Meta avec ces données ?

Et puis, il y a la question du traitement de vos données par Meta elle-même. Là aussi, les interrogations ne cessent de se multiplier. Vous voulez savoir ce que cette entreprise compte faire de vos photos, vidéos et questions ? C’est simple : dans l’application Meta AI, rendez-vous dans « Paramètres », puis dans « Données et confidentialité ». Dans la section intitulée « Comment Meta utilise les données pour les modèles et fonctionnalités d’IA générative », vous pouvez déjà lire que l’entreprise utilise « vos interactions avec les fonctionnalités faisant partie de l’IA chez Meta » comme données d’entraînement. Ces informations peuvent contenir des données personnelles, telles que votre nom et vos coordonnées. Pour vous assurer de partager le moins d’informations possible depuis vos lunettes, appuyez sur l’icône des lunettes dans l’application, puis sur l’icône des paramètres. Faites défiler vers le bas jusqu’à « Confidentialité pour : Lunettes ». Vérifiez-y si vous avez bien effectué les bons choix lors de l’installation initiale.

Il est préférable de désactiver les options « Partager des données supplémentaires » et « Cloud Media ». Si vous ne souhaitez pas non plus partager vos conversations, vous feriez mieux d’effacer votre « Journal d’activité vocale », dans lequel sont enregistrées toutes les questions que vous avez posées à l’assistant vocal. C’est ainsi que vous serez le mieux protégé. En effet, Meta n’a pas vraiment une réputation irréprochable en matière de protection des données et de vie privée. Les médias suédois ont ainsi découvert qu’une entreprise partenaire au Kenya devait évaluer des images intimes dans le cadre de la formation de l’IA pour Meta. Ces images comprenaient des actes sexuels, des scènes de nudité et des séquences filmées pendant des visites aux toilettes. Selon Meta, tout cela était conforme aux conditions d’utilisation. Nous ne trouvons pas cette réponse particulièrement rassurante. Raison de plus pour vérifier une nouvelle fois vos paramètres.

La différence par rapport aux appareils photo des smartphones

Quoi qu’on en dise, les fonctionnalités qui rendent ces lunettes intelligentes si pratiques et populaires sont précisément celles qui sont à l’origine de problèmes potentiels. Pour l’instant, tout dépend des utilisateurs : ont-ils de bonnes intentions ou non ? Mais comme on prévoit que près de 100 millions de ces lunettes seront bientôt en circulation, il est peut-être temps que les pouvoirs publics mettent en place des règles spécifiques. On ne peut pas freiner la technologie, mais on peut en encadrer l’utilisation. Ce débat rappelle un peu l’époque où les appareils photo intégrés aux téléphones portables se sont généralisés. À l’époque également, de nombreuses questions se posaient concernant la vie privée. La différence avec aujourd’hui, c’est que l’on porte de toute façon ces lunettes intelligentes sur la tête, alors qu’il faut toujours d’abord sortir son smartphone de sa poche. Encore une fois : c’est d’un côté le grand avantage de cette technologie, mais de l’autre, c’est aussi le grand risque d’abus.

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