Ce téléchargement ferait partie des fonctionnalités d’IA intégrées à l’appareil de Google, qui fonctionnent avec Gemini Nano, une version allégée du modèle Gemini. Cette technologie permet à Google Chrome d’effectuer certaines tâches d’IA en local, sans tout envoyer vers le cloud. Seulement, selon Hanff, c’est Chrome qui décide lui-même si un appareil est « compatible » avec cette fonctionnalité, puis lance automatiquement le téléchargement.
Chrome installerait un fichier d’IA sur votre PC à votre insu
Selon Hanff, Chrome enregistre sur le disque un fichier nommé weights.bin, qui pèse environ 4 Go. Ce fichier contient le modèle d’IA nécessaire au fonctionnement local de Gemini Nano. Lors d’un test réalisé avec une nouvelle installation de Chrome sur macOS, Hanff a constaté que le navigateur créait automatiquement un nouveau dossier et téléchargeait l’intégralité du modèle, sans qu’aucune notification ni fenêtre de dialogue n’apparaisse. Selon lui, cela s’est produit en arrière-plan alors que le navigateur semblait inactif.
De plus, si vous supprimez le fichier par la suite, vous constaterez que Chrome le télécharge à nouveau. Selon Hanff, la seule façon d’éviter cela est de désactiver les options expérimentales de Chrome ou de désinstaller complètement le navigateur.
Confidentialité et RGPD ?
Hanff estime que ce comportement pose problème à plusieurs égards. Il s’interroge tout d’abord sur la transparence. Selon lui, un navigateur qui télécharge plusieurs gigaoctets de données sans avertissement frôle les limites de ce que les utilisateurs sont en droit d’attendre. De plus, il estime que cette approche pourrait entrer en conflit avec les règles européennes en matière de protection de la vie privée. Il fait notamment référence à la directive ePrivacy et au RGPD, qui imposent des règles claires concernant ce que les logiciels sont autorisés à stocker localement sur un appareil et dans quelle mesure les utilisateurs doivent donner leur consentement explicite à cet effet.
La validité juridique de ce raisonnement n’a pour l’instant pas encore été vérifiée. Mais Hanff n’est pas le premier à mettre en garde contre le fait que les fonctionnalités d’IA s’introduisent de plus en plus souvent en catimini dans les appareils.
4 Go, ça peut sembler peu, jusqu’à ce qu’on le multiplie par des millions d’appareils
Pour les utilisateurs disposant d’une connexion Internet rapide et illimitée, 4 Go peuvent sembler une quantité raisonnable. Mais à l’échelle mondiale, ce n’est pas du tout le cas. Avec des connexions plus lentes, limitées ou coûteuses, un tel téléchargement silencieux peut bel et bien avoir un impact, tant sur la consommation de données que sur la facture.
Hanff souligne également le coût environnemental. Si Google déploie un tel modèle d’IA à grande échelle, ses calculs indiquent que cela entraînerait rapidement des pétaoctets de trafic de données supplémentaires et un impact énergétique considérable. Ses chiffres exacts sont discutables, mais son argument est clair : même l’IA locale a un coût, et celui-ci est répercuté sur l’utilisateur.
Google n’a pas encore réagi
Google n’a pour l’instant pas encore réagi de manière détaillée aux conclusions de Hanff. L’entreprise pourrait faire valoir que l’IA locale est justement plus respectueuse de la vie privée, car les données n’ont pas besoin de quitter l’appareil. La question fondamentale demeure toutefois : si un navigateur stocke à votre insu des gigaoctets de fichiers sur votre appareil, ne devriez-vous pas d’abord donner votre consentement explicite ? Selon Hanff, la réponse est clairement oui. La question est désormais de savoir si les utilisateurs (et, à terme, les autorités de contrôle européennes) partagent cet avis.







